
LA VIE pour le TROUPEAU
La vie au sein du troupeau commence souvent comme une histoire de famille. Depuis près de 40 ans, Robert Drexel se consacre à l'élevage de moutons de race Stauden, une activité qui rythme aujourd'hui également le quotidien de sa femme Maika et de sa fille Elisa. La race Stauden est originaire de la région montagnarde de Bavière, en Allemagne, notamment dans le massif des Stauden, d’où son nom. Elle est considérée comme une race locale traditionnelle, caractérisée par sa rusticité et sa capacité à évoluer dans un environnement alpin ou semi-alpin. Les Stauden sont adaptés aux pâturages escarpés et aux conditions parfois rigoureuses d’altitude, ce qui les rend particulièrement résistants aux maladies et aux conditions climatiques variables.
Avec environ 70 à 80 brebis – des brebis mérinos de race locale et des Moutons de pierre de Carniole inscrits au livre généalogique –, leur exploitation incarne la tradition, la responsabilité et la passion pour l’élevage ovin. Outre l’élevage, la viande, la fourrure et la laine jouent également un rôle important, tout comme le bien-être animal et le lien étroit avec chaque animal.
En tant qu'éleveur diplômé spécialisé dans l'élevage ovin et vice-président de l'Association régionale des éleveurs de moutons de Bavière, Robert Drexel s'engage bien au-delà de sa propre exploitation. Que ce soit pour l'entretien des espaces communaux, sur les marchés aux béliers, lors de programmes de vacances pour les enfants ou au marché de Noël local, l'élevage ovin est ici visible et tangible. Les chiens de berger font également partie intégrante du quotidien : ils sont dressés par nos soins et facilitent non seulement le travail quotidien, mais aussi la formation des chiens d’utilité.
Nous avons discuté avec Robert Drexel et sa famille de leur quotidien, de l’importance de la tonte des moutons et de la vie avec le troupeau et les chiens.
« L'élevage ovin n'est pas un métier, c'est un état d'esprit. »
Comment en êtes-vous venus à l'élevage ovin – et y a-t-il eu un moment, Robert, où tu as su : « C'est ma vie » ?
« En fait, tout a commencé de manière très pragmatique. Nous avons récupéré des pâturages d'une ancienne exploitation à temps partiel et nous avons réfléchi à la manière de les utiliser à bon escient. C'est ainsi qu'est née l'idée d'élever des moutons. Un voisin avait déjà un troupeau et est devenu mon maître d’apprentissage – j’ai appris de lui beaucoup de choses qu’on ne trouve dans aucun livre.
Le moment où j’ai réalisé que l’élevage de moutons était plus qu’une simple idée s’est produit pendant la période des agneaux. Quand une nouvelle vie vient au monde et qu’on ressent cette responsabilité de manière très directe, on sait : ce n’est pas simplement un hobby. C’est ma vie. »
La journée commence avec le troupeau
À quoi ressemble une journée type chez vous avec vos moutons ?
« La journée commence tôt dans la bergerie. On commence par nourrir les animaux et les examiner attentivement – un rapide coup d’œil suffit souvent pour voir si tout va bien. Ensuite, on part avec les chiens rejoindre les moutons au pâturage. Selon la situation, nous délimitons de nouvelles zones de pâturage avec la clôture ou nous déplaçons le troupeau vers une autre parcelle.
À midi, nous effectuons un nouveau contrôle dans la bergerie – c’est particulièrement important pendant la période d’agnelage. Y a-t-il de nouveaux agneaux, l’un d’entre eux nécessite-t-il une attention particulière ? L’après-midi, nous retournons contrôler le pâturage. En été, s’ajoute le travail pour l’hiver : récolter du fourrage et constituer des réserves.
Le soir, la journée se termine à nouveau dans la bergerie – avec le nourrissage et un dernier contrôle visuel des animaux. Ce n’est que lorsque tout est calme que la journée de travail est terminée. »

On remarque tout de suite quand quelque chose ne va pas
À quoi voyez-vous que vos moutons vont bien – ou pas ?
« On peut souvent savoir si nos moutons vont bien ou non grâce à de petits changements. Des postures inhabituelles, l’isolement du troupeau, une tête baissée ou une faible réactivité sont des signaux d’alerte clairs qui nécessitent une observation attentive.
Lorsque les animaux vont bien, ils le montrent très clairement : par une rumination détendue, des mouvements fluides et une attention vive à leur environnement. Ceux qui travaillent quotidiennement avec les animaux développent un sens aigu à cet égard – et c’est précisément ce qui est déterminant pour un élevage ovin responsable. »
La tonte des moutons : une nécessité pour l’animal – et un élément d’un élevage responsable
Pourquoi la tonte régulière des moutons est-elle si importante – et à quoi faites-vous particulièrement attention lors de cette opération ? Que faites-vous pour que la tonte se déroule de la manière la moins stressante possible pour les animaux ?
« La tonte régulière des moutons est indispensable pour plusieurs raisons. D’une part, il existe des dispositions claires en matière de bien-être animal : les moutons doivent être tondus au moins une fois par an. À cela s’ajoute la récolte de la laine, en particulier si celle-ci doit être transformée. Mais avant tout, la tonte sert au bien-être des animaux.
De plus, la tonte est une mesure d’hygiène importante, notamment en période de mise bas. Elle aide à éviter les salissures et prévient l’infestation par les asticots – un problème à prendre au sérieux dans l’élevage ovin.
Pour que la tonte se déroule de la manière la moins stressante possible pour les animaux, le calme est essentiel. Les moutons sont rassemblés dans un espace restreint et conduits calmement vers le lieu de tonte, ce qui leur procure un sentiment de sécurité et a un effet relaxant. Après la tonte, les animaux bénéficient d’une longue période de repos pour récupérer. »
Sans bons outils, rien ne va
Quels sont les outils indispensables pour vous lors de la tonte et au quotidien ?
« Lors de la tonte, des outils fiables sont essentiels. Une bonne tondeuse fait partie de l’équipement de base pour moi – qu’il s’agisse d’appareils fixes ou de tondeuses à batterie, selon l’utilisation et la situation. Des rénettes de parage et des pinces coupe-onglons bien affûtées sont tout aussi importants pour les soins réguliers des animaux.
Les crochets de capture sont principalement utilisés pour attraper des animaux isolés. Ils facilitent la capture en toute sécurité des moutons sans perturber inutilement le troupeau. En résumé : des outils bien adaptés et bien entretenus facilitent le travail quotidien et contribuent à travailler sereinement et dans le respect des animaux. »
Les chiens de berger – des partenaires à quatre pattes
Quel rôle jouent vos chiens de berger dans votre travail quotidien – et qu’est-ce qui fait de cette collaboration quelque chose d’exceptionnel ?
« Nos chiens de berger jouent un rôle indispensable dans notre travail quotidien. Ils aident à maintenir le troupeau en place, facilitent le déplacement, la capture d’animaux isolés et le chargement des moutons. Sans eux, de nombreuses tâches seraient nettement plus laborieuses, voire pratiquement impossibles.
La particularité de cette collaboration réside dans le fait que le chien de berger est en quelque sorte le prolongement du berger. Grâce au chien, on peut influencer le troupeau de manière ciblée sans créer d’agitation. Cela favorise également les caractéristiques naturelles des animaux, comme l’instinct maternel, et garantit une cohabitation sereine.
Pour moi, une chose est claire : un bon berger a besoin d’un bon chien – sans chien de berger, l’élevage ovin est difficilement imaginable. »
Entre idéalisme et réalité
Quels sont actuellement les plus grands défis de l’élevage ovin ?
« Parmi les plus grands défis de l’élevage ovin figurent actuellement la bureaucratie croissante et le retour du loup. La charge administrative ne cesse d’augmenter et prend beaucoup de temps au quotidien.
Le loup représente un défi supplémentaire pour de nombreux éleveurs de moutons. Pour protéger les troupeaux, on utilise entre autres des clôtures électriques. »

Pourquoi ce métier en vaut quand même la peine ?
Qu’est-ce que l’élevage ovin vous apporte – malgré tous ces défis ?
« L’élevage ovin nous apprend à penser en termes de cycles. Il s’agit de travailler avec la nature et de produire des produits naturels. Le travail quotidien avec et auprès des animaux donne une structure et un sens à notre quotidien.
La communication avec les chiens de berger est également très importante pour nous – cette interaction entre l’homme, l’animal et le troupeau est quelque chose de tout à fait particulier. Au final, l’élevage ovin contribue non seulement à l’approvisionnement, mais aussi à l’entretien de notre paysage. C’est précisément ce qui fait de ce métier un métier si précieux à nos yeux. »
L’élevage ovin à la recherche de reconnaissance
« L’élevage ovin représente une part relativement faible de l’agriculture. Il est donc d’autant plus important qu’il soit reconnu tant au sein du secteur agricole que par la population. Les moutons font partie intégrante de notre culture – ce sont des animaux de rente avec lesquels on travaille de manière responsable et qui occupent une place à part entière dans notre paysage culturel. »


